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Tuesday, 27 January 2015

A-t-on le droit de blasphémer contre Charlie dans le pays de la liberté d'expression ?
Éditorial de Tlaxcala

L'information, aussi incroyable puisse-t-elle paraître, est malheureusement vraie : un adolescent de 16 ans a été mis en accusation pour "apologie du terrorisme", crime puni d'une peine pouvant aller jusqu'à 7 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende.
Évidemment, le juge pour enfants sera compréhensif pour le jeune criminel et saura peut-être trouver une peine de substitution. On pourrait lui suggérer, à défaut de 7 coups de fouet, de condamner le jeune homme à aller fleurir la tombe de Charb sept dimanches de suite, en payant de sa poche les frais de transport et de fleurs.
Mais redevenons sérieux et venons-en aux faits. Il est reproché au jeune homme d'avoir publié sur sa page Facebook un dessin accompagné d'un commentaire. Il s'agit du dessin suivant :
 

Ce dessin est présenté par celui qui l'a publié le 7 janvier, Joe le Corbeau, un internaute "anti-système", comme une "réadaptation d'un visuel datant de 2013" du dessinateur Dedko. Il a été d'abord publié le 7 janvier sur quenelplus, avant de circuler urbi et orbi dans la galaxie internet. Tlaxcala l'a publié pour illustrer un article de José Antonio Gutiérrez Danton, descendant chilien du grand Danton, guillotiné sous la Terreur. Dans cet article, intitulé Je ne suis pas Charlie (Yo no soy Charlie), publié en espagnol le 8 janvier et dans sa traduction en français le 9 janvier par Tlaxcala, Gutiérrez écrivat :
" Je n'oublie pas la couverture du N°1099 de Charlie Hebdo, dans lequel on banalisait le massacre de plus de mille Égyptiens par une dictature militaire brutale, qui a la bénédiction de la France et des USA, avec un dessin d'un homme musulman criblé de balles, tandis qu'il essayait de se protéger avec le Coran, avec ce texte : "Tuerie en Égypte. Le Coran c'est de la merde : il n'arrête pas les balles". Certains auront trouvé ça amusant. En leur temps, des colons anglais en Terre de Feu (Argentine) trouvaient amusant de poser pour des photographies avec des indigènes qu'ils avaient "chassés", avec de larges sourires, carabine à la main, et avec le pied posé sur un  cadavre sanguinolent encore chaud. Plutôt qu’amusante, cette caricature me semble violente et coloniale, un abus de cette liberté occidentale de la presse aussi fictive que manipulée. Qu'est-ce qui arriverait si je publiais aujourd'hui un journal avec en couverture la phrase : "Tuerie à Paris. Charlie Hebdo, c’est de la merde : ça n'arrête pas les balles" et une caricature du défunt Jean Cabut criblé de balles avec une copie du journal entre les mains ? Bien sûr, ce serait un scandale : la vie d'un Français est sacrée. Celle d'un Égyptien (ou d'un Palestinien, Irakien, Syrien, etc.), c'est du matériau "humoristique". C'est pourquoi je ne suis pas Charlie, puisque la vie de chacun de ces Égyptiens criblés de balles est pour moi aussi sacrée que celle de n'importe quel de ces caricaturistes aujourd'hui assassinés."
Nous avions illustré l'original espagnol de cet article par ce double dessin, à gauche la couverture de Charlie Hebdo, et à droite sa parodie par notre dessinateur Juan Kalvellido

Ayant ensuite découvert le dessin de Dedko/Joe le Corbeau, nous avons préféré l'utiliser pour illustrer la version française de l'article, car les deux détournements étaient identiques à 99% et le second avait l'avantage d'être en français.
Que nous sachions, aucun autre responsable de la publication de ce dessin n'a été poursuivi pour "apologie du terrorisme". Alors, de deux choses l'une : ou tous ou personne. Ou bien la justice française engage des poursuites contre tous ceux qui ont publié ce dessin, dont Tlaxcala, mais aussi contre l'auteur du dessin parodié, Riss, peut-être pas pour "apologie du terrorisme", puisque la loi française ne considère par le terrorisme d'État, tel qu'il a été pratiqué par le maréchal Al Sissi en Égypte depuis son coup d’État contre le président élu Mohamed Morsi, comme "terrorisme" pur et simple, mais, par exemple, pour "apologie de crimes contre l'humanité", ou bien la justice referme vite le dossier du jeune facebookien et s'empresse d'effacer cette sinistre bavure.
À moins bien sûr que les parodies de Saint-Charlie ne tombent sous le coup de la répression du blasphème de la nouvelle religion, résumée par cette phrase lapidaire de Manuel Valls :"Nous n'adopterons pas de lois d'exception, mais seulement des mesures exceptionnelles" ?

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